Initiative collaborative · Construction
Un modèle de maturité collaborative pour l'industrie de la construction
Développé pendant le programme EMBA McGill HEC Montréal
On vous dit qui a écrit ce papier, pourquoi, et dans quel contexte. Parce qu'une idée qu'on comprend vaut toujours plus qu'une idée qu'on subit.
Vous lisez, vous réfléchissez, vous partagez ce que ça vous inspire. C'est ça, la vraie diffusion d'une idée. Pas juste un PDF envoyé dans le vide.
Ce modèle n'est pas terminé. Il grandit avec ceux qui le lisent. Dans 12 mois, vos réflexions feront partie de la prochaine version.
Fair-play. Deux mots anglais pleinement adoptés par le français, à tel point que le Larousse précise qu'il n'existe aucun équivalent officiel dans le domaine non sportif. Le mot est devenu irremplaçable.
Dans le sport, le fair-play ne nie pas la compétition. Il dit qu'on peut s'affronter avec intensité tout en se respectant mutuellement. C'est au cœur de ce que ce papier défend : la performance et la confiance se construisent ensemble, pas l'une contre l'autre.
Mais il y a quelque chose de plus dans le mot play. Simon Sinek distingue deux types de jeux : les jeux finis, où l'on joue pour gagner, et les jeux infinis, où l'on joue pour continuer à jouer. L'industrie de la construction a longtemps été jouée comme un jeu fini.
Ce projet invite à changer de terrain.
Ce n'est pas seulement jouer honnêtement. C'est jouer pour durer. Reconnaître que la vraie victoire n'est pas dans le résultat d'un chantier, mais dans la confiance qui survit au chantier et qui nourrit le suivant.
Pierre-Luc Auclair
Ce papier part d'un constat simple : dans l'industrie de la construction, la méfiance est systémique. La collaboration et la collusion se confondent encore dans l'imaginaire collectif. Pourtant, performance et confiance ne s'opposent pas — elles se renforcent.
DE LA MÉFIANCE SYSTÉMIQUE À LA PERFORMANCE COLLECTIVE :
PROPOSITION D’UN MODÈLE DE MATURITÉ COLLABORATIVE
POUR L’INDUSTRIE DE LA CONSTRUCTION
L'industrie québécoise de la construction représente 7,3 % du PIB provincial et mobilise plus de 330 000 travailleurs. Malgré son poids économique majeur, elle demeure fragilisée par une productivité stagnante depuis trois décennies et une méfiance institutionnelle persistante héritée de la Commission Charbonneau. Ce paradoxe limite la capacité du secteur à relever les défis actuels : amélioration de la productivité, pénurie de main-d'œuvre, transition écologique et besoin d'innovation. La collaboration inter-organisationnelle apparaît alors comme un impératif stratégique devant dépasser le cadre méthodologique pour devenir une transformation culturelle intégrant confiance, transparence et coresponsabilité.
Cette recherche répond à la question : Comment l'industrie québécoise pourrait-elle évoluer vers une collaboration inter-organisationnelle saine et efficace dans un contexte marqué par la méfiance systémique ? La méthodologie qualitative repose sur seize entretiens auprès d'acteurs clés et une revue approfondie de la littérature permettant de confronter théorie et pratique pour dégager des retombées concrètes adaptées au contexte québécois.
À l'issue des analyses, cinq dynamiques convergentes émergent : la confiance instituée par le donneur d'ouvrage à travers le leadership, la transparence et la reconnaissance du profit légitime ; la préparation collective précoce par l'intégration des parties prenantes et le partage discipliné d'information ; le partage du risque et la gouvernance résiliente où chaque partie assume collectivement les incertitudes plutôt que de les déplacer unilatéralement vers un autre acteur ; l'orchestration systémique de la chaîne de valeur combinant leadership adaptatif et outils structurants ; la transformation culturelle ancrée dans la fierté collective et l'attractivité pour la relève.
Le modèle de maturité collaborative développé traduit ces dynamiques en un système intégré articulant cinq dimensions interdépendantes : préparation collective, partage du risque, leadership régulateur, confiance institutionnelle et culture collaborative. Ce système repose sur un équilibre dynamique entre performance (processus, incitatifs, gouvernance) et confiance (leadership, culture, relations). La sécurité psychologique agit comme membrane transversale permettant la parole libre, la reconnaissance de l'erreur et l'apprentissage collectif. Contrairement aux modèles linéaires traditionnels en gestion de projet notamment, le modèle conceptualise la collaboration comme un processus évolutif où la maturité désigne la capacité du système à maintenir sa cohérence dans le temps.
Cinq leviers prioritaires pour les dirigeants sont développés : instaurer des équipes intégrées dès la conception en structurant la prise de décision par des cadres clairs tout en limitant la taille des équipes ; développer des indicateurs de confiance mesurables combinant données quantitatives et qualitatives pour piloter la collaboration ; former les leaders à la gouvernance collaborative en développant le profil « manager T-Shape » combinant expertise verticale et compétence horizontale dans la coopération interdisciplinaire ; briser le tabou des marges et institutionnaliser la transparence économique en reconnaissant publiquement que les marges de l'industrie oscillent entre 1 % et 3 %, démystifiant ainsi les perceptions erronées qui alimentent la méfiance ; ancrer la collaboration au-delà des cycles politiques en mobilisant les institutions stables du Québec pour maintenir une trajectoire collaborative durable, évitant ainsi que chaque discontinuité politique réinitialise les acquis plutôt que de les amplifier.
Le modèle propose une lecture holistique inédite intégrant gouvernance relationnelle, leadership adaptatif et culture organisationnelle. L'intégration de la sécurité psychologique comme infrastructure transversale constitue une contribution majeure, dépassant sa conception humaniste pour l'ancrer dans le design organisationnel. Sur le plan pratique, il fournit un cadre d'action permettant aux gestionnaires de piloter la collaboration et un outil de diagnostic orientant les efforts de développement. Au niveau sectoriel, il valorise la collaboration comme avantage compétitif collectif fondé sur la fierté, la responsabilité partagée et l'apprentissage continu.
Recherche menée par Pierre-Luc Auclair
Version 1.0 · 2026
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